Kimagure OrangeRoad

 

"Rattrapé par le rêve"

 

par Fred

 

 

On ne change que très peu depuis l’enfance et l’adolescence. Du rêve, on passe aux choses plus concrètes, brutalement. Mais si on ne perd pas cette part de rêve, on se laisse toucher plus que d’autres par une série comme Kimagure Orange Road.

J’ai revu par hasard grâce à un ami les épisodes de « Max et compagnie ». Je devais avoir 12 ou 13 ans quand je les ai vus à la télé la première fois. J’avais oublié.

Oubliée l’attente quasi-frénétique de l’épisode du jour. Oublié l’emballement pour le duo amoureux de Max et Sabrina (Kyosuke et Madoka, je viens d’apprendre leurs prénoms originaux). Oubliée la fascination pour  Sabrina, belle à en chavirer, et pourtant jeune femme de quelques coups de crayons, d’expressions si fines et attachantes, au caractère mystérieux et enivrant. La femme idéale sans doute possible. Je n’aurais jamais pensé la trouver dans un manga, moi qui n’en suis pas un connaisseur.

Oubliées ces musiques qui, comme pour les films peu nombreux qui laissent une marque profonde, sont indissociables des émotions que je ressentais, soulèvent le cœur.

Et là, maintenant que je me suis replongé dans ces délices, je découvre que je ne suis pas le seul. Je dois avouer que ça me rassure d’un côté. Ce n’est pas qu’une cure d’infantilisme, de nostalgie un peu « culcul ». Il y a vraiment quelque chose d’extraordinaire dans cette série. En même temps, j’aurais aimé être le seul. Je crois pourtant que cette fascination commune trouve des sources différentes selon les fans, j’en ai été conforté par les témoignages qui me précèdent, et m’ont décidé à écrire moi aussi.

Pour moi, la série fait appel à des situations rêvées, des moments que j’aurais aimé vivre à l’époque de mon adolescence. Comme l’écrivait un fan avant moi, je n’étais pas non plus un adepte des sorties, des flirts, et de tout ce qui fait la vie d’un ado « normal ». Timidité, beaucoup. Ce qui ne m’empêchait pas d’être amoureux ci-et-là, d’une façon romantique, pour employer un mot aujourd’hui galvaudé de mépris (assassiné sans doute par les séries vraiment « cucu » pour celles-ci, ou les chansons de néo-poètes de mes deux).  

Romantique donc, mais jamais à voix haute. Je crois que, moins que l’identification, c’était l’envie, la jalousie qui me rapportaient à Max. Jaloux de le voir proche de celle qu’il aime, de percevoir l’amour que lui rend Sabrina, par petites touches, plus ou moins explicites, parfois frustrantes, toujours fascinantes. Max est somme toute assez à l’aise. Indécis certes, plutôt faible, mais il ne se pose pas tant de questions quant à l’image qu’il renvoie. Il a du succès, et s’en accommode très bien ! A présent que cette période, difficile, de ma vie est révolue, que j’ai changé et trouvé l’assurance qui me manquait en grandissant, je découvre que cette série a laissé des marques. Je cherche toujours une Sabrina. Plus de 10 ans après, elle correspond toujours à un idéal, que je n’ai pu qu’effleurer jusqu’à aujourd’hui. Idéal qui, lui, remonte à bien avant la série, comme quelque chose que l’on a toujours eu en soi. Et peut être au-delà du personnage, je recherche une histoire à vivre, jalonnée de ces lieux paisibles, couleurs pastels, lumières de fin de jour. Un grand escalier, des classes et des couloirs vides, préservant des instants légers, intimes, romantiques.

Max ne drague pas. Pas plus que Sabrina. Pas de rendez-vous directs (sauf lorsqu’il s’hypnotise et l’emmène en boîte… c’est un lieu où Sabrina avait ses habitudes, mais rien ne peux s’y passer avec Max), pas de « ciné », de soirées branchées, ou très peu, etc. Leur histoire se construit dans le quotidien. Et quoi de plus forts que ces moments où ils travaillent tous les deux, ou se rencontrent par hasard et se promènent alors côte à côte. Les vacances peut être… L’île déserte, c’est un peu l’apogée de ce romantisme. Cette histoire est un peu celle dont on peut tous rêver, mêlant le hasard à l’intime, les rires à l’instant ou tout bascule. Seul sur une île avec la femme que l’on aime. Le rêve, toujours.

Quant aux situations du quotidien, c’était ce que je voulais vivre, et ne le pouvais dans ma propre vie. Là sans doute j’aurais aimé être dans la peau de Max, pas si éloigné que ça de ce que j’étais en fait, moi-même plus renfermé mais aux pensées bouillonnantes. Le rêve qu’une fille s’intéresse à soi sans n’avoir rien à faire, que le hasard offre cette chance, comme pour Max. Ici revient la jalousie. (!)  

Le problème, c’est qu’on ne peut pas vivre dans un dessin animé. C’est un peu bête à dire, mais cela m’a posé le problème du retour à la réalité. En revoyant les épisodes, je suis resté pendant quelques jours dans un état second, me demandant ce qu’il m’arrivait. Surtout à un moment où je me devais d’être très concentré sur ma vie réelle. Grosse remise en question à cause d’une série dont peu de gens autour de moi se souviennent. Donc léger sentiment de ridicule. Mais surtout, une exaltation, un peu effrayante. Le besoin urgent de penser qu’il y a encore beaucoup de choses à vivre, qu’il y a de la beauté à découvrir. L’envie de ressentir ces pincements au ventre et au cœur, en revoyant la série, et en les vivant aussi moi-même. L’envie d’écrire pour tenter d’exprimer ce qui, cela doit se sentir dans le flou de mes phrases, est indicible. Ecouter la musique, qui à elle seule touche au plus juste des émotions, évoque un monde rêvé en quelques notes. Et de la nostalgie aussi, il faut l’avouer. A elle seule, elle noue le ventre, et défilent alors devant mes yeux à la fois des images de la série qui restent gravées (scènes de Madoka et Kyosuke, comme celles du magnifique clip de l’épisode « le tournoi », ou des paysages proches de l’estampe), et films de ma vie propre, dans un entrelacs saisissant.

Et à la suite, l’envie de découvrir le Japon, qui m’attire depuis plusieurs années déjà, sans m’être vraiment intéressé aux mangas. Trouver les lieux de Max et Sabrina. Trouver le bonheur simple, doux et passionné.

J’ai toujours été un rêveur. Je suis loin d’être le seul. Il faut déjà en être un grand pour créer Kimagure Orange Road, dessiner une Madoka. Il faut des manques dans une vie pour que l’imaginaire les comble. Mais qu’ils conduisent au-delà de la frustration, en donnant l’espoir de trouver dans le réel un peu de la vie de Max et compagnie. C’est ce que je ressens à présent, dans un romantisme qui ne me quittera sans doute plus. Et je crois que cette série en est imprégnée, dans le beau sens du terme.

Fred
Juillet 2003

maxkasuga@voila.fr

 


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